L’interview adhérent : Focus Ambiotis

Ce mois-ci nous vous proposons une interview à deux voix, celles de Marc Dubourdeau, Président d’Ambiotis, des Laboratoires Aloméa & de BIOMED Alliance Toulouse et Gérald Chêne, Responsable de laboratoire chez Ambiotis & Directeur général des Laboratoires Aloméa.

Ambiotis est la CRO mondiale spécialiste dans les mécanismes de résolution de la réponse inflammatoire.

Les Laboratoires Aloméa est une entreprise qui conçoit et vend des gélules de compléments alimentaires visant à favoriser ce mécanisme naturel de résolution.

Photographe : valentine Chapuis. Marc Dubourdeau (à gauche) et Gérald Chêne (à droite).

 

 

 

 

 

Quel est en quelques mots vos parcours professionnels ?

Gérald : J’ai effectué une thèse pour étudier les effets de différents acides gras polyinsaturés sur la libération de métabolites inflammatoires par les kératinocytes. J’ai longuement travaillé à étudier ces mécanismes cellulaires et j’ai beaucoup utilisé la chromatographie en couche mince. J’ai pu en mesurer son intérêt mais aussi ses limites.

Marc : Après une thèse en immunologie à L’Université Paul Sabatier à Toulouse, j’ai été recruté en tant que chercheur postdoctoral à l’Institut Pasteur de Paris pendant 3 ans.

En 2007, j’ai fait le choix de vivre mon envie d’entrepreneur. Je suis revenu à Toulouse et je me suis investi dans la création d’Ambiotis. Cette création est un cheminement personnel. Je portais cette création en moi depuis des années suite aux réflexions scientifiques que j’avais sur la résolution de l’inflammation. Cette réflexion initiée lors de ma thèse est issue des travaux de Charles Serhan à Harvard sur le rôle des médiateurs lipidiques dans la résolution de l’inflammation et des découvertes de Derek Gilroy sur la physiologie de la résolution à Londres, chez qui j’avais cherché à partir. Je me suis naturellement tourné vers Gérald à qui j’ai proposé de travailler avec moi en tant qu’expert de modèles cellulaires pour étudier les médiateurs lipidiques.

Quel est le cœur de métier d’Ambiotis ?

Marc : C’est la résolution de l’inflammation. Ce concept scientifique est une véritable révolution dans la compréhension que nous avons des mécanismes naturels dont dispose notre corps pour arrêter de façon active une inflammation. Notre idée n’est pas simplement de bloquer l’inflammation mais bien d’aider à la résoudre. Grâce à ce changement de paradigme, nous passons de la découverte d’inhibiteurs à celle d’activateurs, de la mise au point d’agonistes plutôt que d’antagonistes. A Ambiotis, mon équipe détermine ainsi les mécanismes résolutifs et inflammatoires développés par les cellules, les tissus et le corps tout entier et effectue ainsi la preuve de concept ou détermine le mécanisme d’action de composés développées par d’autres. Nos clients sont issus de l’industrie de la santé et sont donc des groupes pharmaceutiques, cosmétiques ou agro-alimentaires. Nous apportons la preuve expérimentale de l’efficacité biologique de leurs composés.

Pouvez-vous nous parler de votre actualité : les Laboratoires Aloméa et comment est né ce projet ?

Gérald : Les Laboratoires Aloméa sont dans nos têtes depuis 2014. Ils ont fait l’objet de nombreuses discussions entre Marc et moi pour arriver à un produit abouti. Nous avons travaillé avec des experts, confirmé avec une étude de faisabilité et avons finalement créé en février 2020 les Laboratoires Aloméa, avec une commercialisation des compléments alimentaires sur la résolution de l’inflammation à partir de septembre.

Au travers du travail réalisé chez Ambiotis, nous avons vu qu’il y avait une vraie possibilité d’apporter rapidement des solutions auprès de personnes qui souffrent d’inflammations variées et permettre d’améliorer la prise en charge de ces inflammations. Nous avons fait le choix de le faire sous la forme de compléments alimentaires et ainsi d’aider les gens à mieux vivre.

Quel est le savoir-faire spécifique d’Aloméa ?

Marc : Ce n’est pas qu’un savoir-faire, c’est avant tout une innovation de produit appelée le « complexe résolutif ». Le complexe résolutif est constitué d’un mélange d’Omega 3 de nouvelle génération spécifiquement sélectionnés et assemblés pour leur capacité à favoriser la production par notre corps des molécules de la résolution pour permettre au corps de se reprogrammer pour mieux lutter contre les inflammations. Cette innovation physiologique est contenue dans les capsules que nous commercialisons par internet.

Gérald : Nous allons chercher les meilleurs produits sans subir toutes les phases de tests qui sont celles des candidats médicaments, tout en cherchant des produits qui sont biologiquement actifs. Les matières premières sont achetées auprès de fournisseurs agréés pour les compléments alimentaires. Elles respectent l’environnement, au travers par exemple d’un label relié à la maîtrise des ressources naturelles. Nous travaillons avec des façonniers de produits pharmaceutiques afin d’avoir la sécurité nécessaire à un produit qui sera ingéré.

Quels sont vos clients ? Comment fonctionne votre site marchant en ligne et comment adaptez-vous le complexe résolutif à chaque client ?

Marc : Nous nous adressons directement aux consommateurs. Nos produits pré formulés ciblent les articulations, le cerveau et l’immunité. Mais nous proposons également des formulations personnalisées, avec un questionnaire en ligne qui nous permet de réaliser une complémentation spécifique en fonction du besoin et du mode de vie de notre client.

Gérald : Les compléments alimentaires sous forme de capsules et de gélules blistérisées sont recomposés par nos soins. Les compléments alimentaires contiennent toujours du complexe résolutif, base de notre innovation mais aussi des plantes qui vont apporter un effet synergique.

En 2021, le questionnaire pourra être complété par un test sanguin et permettre au client de suivre l’absorption des produits et la reprogrammation du corps grâce à un indice sanguin de résolution.

N’avez-vous pas peur que l’interface de vente uniquement par internet soit un frein à la confiance des clients envers vos produits ?

Marc : Non pas vraiment. Même si les gens peuvent s’imaginer qu’un produit vendu uniquement sur internet n’est pas sérieux, nous communiquons auprès de notre communauté que nos compléments alimentaires ont subi le même processus que ceux vendus en pharmacie. Ils sont d’ailleurs déclarés sur le site de la DGCCRF dédié aux compléments alimentaires appelé Téléicare et ont reçu par la même leur autorisation à être commercialisé. Nous avons aussi travaillé à un site expérientiel : grâce au questionnaire qui vous permet de faire le point sur votre besoin et votre mode de vie, nous vous proposons une synthèse sur ce que vous faites de bien et les points que vous pourriez améliorer quant à l’hygiène de vie. Attention, rien de culpabilisant ! Nos produits restent des compléments alimentaires et n’ont pas vocation à soigner ou le questionnaire à diagnostiquer. Nous pensons qu’internet est le meilleur moyen pour mettre en avant notre innovation et ses qualités, qui sont basés sur des preuves scientifiques. En pharmacie, nos produits auraient été noyés parmi d’autres et n’auraient pas pu être personnalisés.

Gérald : Notre souhait est d’améliorer encore l’expérience client : le consommateur doit se retrouver sur notre site comme s’il se retrouvait devant un praticien, en confiance, avec toutes les informations dont il a besoin, et ainsi effacer cette barrière entre le consommateur et nous.

Comment avez-vous prouvé l’efficacité du complexe résolutif ?

Gérald : Tout d’abord avec des tests in vitro sur les globules blancs et ensuite très rapidement par des tests de consommateurs. L’efficacité a été démontrée notamment sur des sportifs professionnels qui se blessent ou qui utilisent l’inflammation comme facteur de performance. Lorsqu’ils ont pris notre complexe résolutif ils ont eu des meilleures phases de récupération, de sensations ligamentaires et musculaires. Nous allons bientôt réaliser des études cliniques sur des sportifs professionnels afin de renforcer la preuve d’efficacité.

Quelle est la plus belle réussite de votre entreprenariat ?

Marc : C’est d’avoir constitué une équipe très forte autour de moi et de savoir que mes collaborateurs me font confiance et me suivent dans ce projet. Bien entendu c’est aussi de participer à la mission première que j’ai fixée à Ambiotis : aider à une meilleure prise en charge des personnes souffrant de pathologies inflammatoires. Cette mission participe à fédérer les efforts communs que nous faisons tous pour développer Ambiotis.

Même si en tant qu’entrepreneur je vise la réussite, il s’agit aussi de porter la responsabilité des personnes qui travaillent avec moi et de rendre l’entreprise pérenne pour ses collaborateurs.

Ambiotis est indépendante financièrement, structurée et stable et nous pouvons voir l’avenir de manière sereine. Mais demain, nous aurons peut-être besoin, pour mieux croître, de faire entrer des investisseurs. Une vision d’entrepreneur est de ne pas se donner de limites. Si les choses doivent arriver, je les vivrais de manière à ce qu’elles puissent se réaliser.

Quelles ont été ou sont les plus grandes difficultés auxquelles vous devez faire face en tant qu’entrepreneur ?

Marc : Le parcours d’entrepreneur est une embuche permanente.

Les entreprises de santé sont très règlementées et nécessitent des compétences particulières et pointues. A cela s’ajoutent des facteurs externes qui augmentent la pression tels que la recherche de locaux, de financements, les difficultés de recrutement dans une ville saturée par le trafic automobile, plus bien d’autres encore.

Le jeu politique n’est pas toujours porteur avec des intérêts qui nous dépassent. Une entreprise représentant 15 emplois n’est pas écoutée de la même manière qu’une entreprise de plusieurs milliers de personnes. Pourtant les petites entreprises représentent un vrai vivier de compétences, d’innovation, de projets de collaboration avec de grands instituts de recherche français et mondiaux. Ensemble ces entreprises représentent une masse critique et constituent une chaîne de valeur. C’est l’objet de tout mon engagement auprès de BIOMED Alliance, de fédérer les entreprises afin d’avoir plus de poids et que nos voix portent pour mieux être entendues et que nous soyons acteurs de notre propre développement.

Quels sont les éléments qui ont été facilitateurs au développement de vos entreprises ?

Marc : Premier élément, sans nul doute, l’incubateur Midi Pyrénées, devenu maintenant Nubbo. Ensuite, je dirais des rencontres car la création et le développement d’entreprises est une aventure humaine. Je pense en premier à d’autres entrepreneurs, de tous bords, et en particulier aux dirigeants d’Urosphere et de Flash Therapeutics. A un moment de notre développement, nous avions besoin de trouver des locaux spécialisés. Nous avons pu convaincre parce que nous étions ensembles. Ambiotis seul, malgré plus d’un million d’euros d’investissement sur plusieurs années, ne représentait à cette époque que 5 emplois. Cette synergie de trois entreprises nous a permis de peser plus lourd et donc de mieux mettre en avant notre potentiel.

D’autres rencontres m’ont permis de me structurer aussi. Ce sont celles que j’ai faites avec des scientifiques de grand renom. Je pense en particulier à Charles Serhan, Nathalie Vergnolle, Derek Gilroy ou Mauro Peretti. C’est aussi grâce à eux que j’ai pu trouver un écho dans ce que j’entreprenais.

Gérald : Nous sommes d’ailleurs très fiers et honorés que Charles et Nathalie aient accepté de rejoindre le Comité Scientifique des Laboratoires Aloméa.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs ?

Marc : Il faut avoir la hargne, c’est un parcours du combattant fait d’embuches successives et de joies soudaines.

Avec un recul de 14 ans pour Ambiotis, on peut se dire qu’on a de la chance de vivre, survivre même après une crise des subprimes en 2008, une crise financière mondiale en 2010 puis la crise de la covid-19 en 2020. La difficulté est double : survivre à un environnement local, où sont nos laboratoires et à un environnement international où sont nos clients, chacun éminemment complexe. Donc il faut vraiment avoir de l’envie.

Nous avons eu la chance que notre recherche puisse être reconnue très tôt par des leaders d’opinions. Cette reconnaissance scientifique est un point essentiel qui vous porte et vous redonne de l’énergie. Malheureusement elle est parfois plus difficile à obtenir en France qu’à l’étranger.

Je pense qu’il faut également s’ouvrir aux autres, ne pas hésiter à mobiliser ses réseaux, s’impliquer dans des associations afin de bénéficier du partage d’expérience. Je pense que BIOMED Alliance a joué un rôle central pour moi.

Quels impacts a eu la crise sanitaire de la covid-19 sur vos activités ?

Gérald : Concernant les activités d’Ambiotis, c’est la fermeture des plateaux techniques académiques due à la covid-19 qui a été très difficile à gérer pendant et après le confinement. Nous avons dû trouver d’autres partenaires afin d’assurer la continuité de nos activités durant cette période compliquée.

Quels enseignements tirez-vous de cette crise ?

Marc : Elle a mis en évidence que toutes les entreprises sont fragiles, y compris les géants comme Airbus. Il peut toujours y avoir un accident qui fait qu’à un moment donné même les plus grands vacillent. Oublier cela, c’est oublier qu’une entreprise a l’obligation de s’adapter à son environnement de manière permanente. 

C’est comme la théorie de la reine de pique dans Alice au pays des merveilles : Alice court avec la reine et le paysage ne bouge pas, pourquoi ? Parce qu’il avance en même temps que la reine et Alice. Si l’entreprise va plus vite que le paysage grâce à ses innovations, elle gagne en compétitivité et en parts de marché, mais si à un moment donné, le paysage va plus vite que l’entreprise cela veut dire que l’entreprise doit changer sa stratégie pour s’adapter!

Que feriez-vous différemment dans votre parcours d’entrepreneurs à postériori ?

Marc : Rien il me semble. C’est un apprentissage, non linéaire, et c’est cela qui est excitant. Par rapport à Ambiotis, je n’ai pas de regrets, je l’ai fait avec cœur et volonté.

Gérald : Je n’ai pas de regret mais des déceptions par rapport à l’environnement : nous avons eu le sentiment d’avoir peu de soutien de certaines personnes dans le milieu académique à nos débuts.

Quelle est la place des entreprises privées dans la recherche ?

Marc : Actuellement, notamment à Toulouse, nous avons une vraie opportunité d’avoir des entrepreneurs-chercheurs qui sont issus d’une formation universitaire poussée. En d’autres termes ces personnes sont connaisseuses des problématiques universitaires et entrepreneuriales, en particulier celles du financement de la recherche qu’il soit public ou privé. Il nous faut combattre à tout prix la vision qu’une entreprise fait une moins bonne recherche puisque basée sur un retour sur investissement et donc la notion de profit.

C’est pour cela qu’il faut travailler à introduire l’entreprise au sein de l’Université. La formation universitaire forme à la recherche pour la recherche et il est toujours important d’avoir une recherche fondamentale forte, qui crée de l’innovation. Cela n’est pas antinomique de la création d’entreprise ou de travail dans une entreprise de biotechnologie, bien au contraire. En effet, pour moi, le socle de valeur est commun : mettre sa recherche au service de la communauté par la découverte, le développement et la mise sur le marché de nouvelles thérapies, voilà ce qui anime à mon avis les chercheurs qu’ils soient en université ou en entreprise.

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Cet article est issu de propos libre récoltés lors d’un entretien, avec l’aimable autorisation de Messieurs Dubourdeau et Chêne.

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Ambiotis (https://www.ambiotis.com/) et les Laboratoires Aloméa (https://www.laboratoires-alomea.com/) sont situés à Toulouse.

Ambiotis emploie une quinzaine de personnes et Les Laboratoires Aloméa 3 personnes, les autres compétences étant apportés par des consultants, en tout une dizaine de personnes travaillent sur le projet.

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