L’interview adhérent : Focus Urosphere

Suite à l’acquisition et la fusion avec Urolead, Urosphere, société toulousaine de recherche préclinique en urologie, élargit son offre en 2020 et devient une plateforme unique pour la recherche sur les pathologies urogénitale. Une belle opportunité de revenir sur le parcours de cette entreprise et de son Président, Philippe Lluel, que nous avons rencontré.

Philippe Lluel quel est votre parcours professionnel ?

Je suis diplômé d’un doctorat en pharmacologie. Ma thèse, effectuée à la fois chez Sanofi et au CEA de Saclay, portait sur le vieillissement de l’appareil génito-urinaire.

J’ai d’abord entrepris une carrière industrielle de 20 années au sein de Synthélabo, devenu Sanofi-Synthélabo puis Sanofi. J’étais responsable d’une unité de recherche préclinique dans le domaine des pathologies urinaires, puis durant une plus courte période j’ai été à l’interface de la pré-clinique, la clinique, le marketing et les affaires.

J’ai ensuite fondé la société Urosphere dont je suis le Président depuis 2004.

Qu’est-ce qui vous a motivé pour créer votre entreprise ?

J’avais la volonté depuis longtemps de créer mon entreprise, j’y avais déjà réfléchi pendant ma thèse. Les choses se sont concrétisées lorsque j’ai pu bénéficier, en dehors de tout plan social, du soutien de la cellule essaimage de Sanofi.

Quels ont été les éléments facilitateurs de votre entrepreneuriat ?

La conjonction de trois éléments clés a déclenché de la création d’Urosphere.

La cellule d’essaimage de Sanofi a apporté de l’expertise, ce qui m’a beaucoup aidé en tant que pur scientifique qui se lance dans la création d’une entreprise. Cette expertise a été très importante dans la création d’Urosphere. Elle était nécessaire et aurait coûté très cher si nous avions du la financer.

Le second élément-clé a été le concours d’entreprises en technologies innovantes (ndlr : CETI, maintenant i-lab) duquel Urosphere a été lauréate à 2 reprises : en émergence et en création.

Enfin nous avons eu la chance d’être incubés par l’Incubateur Midi Pyrénées (ndlr : maintenant Nubbo).

Nous avons débuté avec un premier contrat de Sanofi et un portefeuille de licences exclusives pour 3 molécules développées par Sanofi en clinique pour des indications non urologiques mais que l’on souhaitait développer dans des indications uro-génitales (ndrl : voir plus loin).

Rapidement, nous avons signé d’autres contrats de recherche et avons pu dégager des revenus de notre activité.

Le dispositif CIR (ndrl : Crédit Impôt Recherche) est aussi très important pour des sociétés comme la nôtre de même que le statut JEI (ndlr : Jeune Entreprise Innovante) dont nous avons pu bénéficier les 8 premières années.

Comment l’entreprise a-t-elle évoluée depuis sa création ?

Urosphere a été créée en 2004 pour des activités de recherche dans le domaine de l’urologie pré-clinique. Nous avons commencé nos recherches sur les pathologies fonctionnelles de l’appareil urinaire telles que l’incontinence urinaire ou l’hypertrophie bénigne de la prostate.

Petit à petit, nous nous sommes étendus à la néphrologie, puis à la douleur et à l’inflammation. A partir de 2016 nous avons adressé l’uro-oncologie. Cette activité s’est trouvée fortement accélérée par le rachat d’Urolead en 2017. Urolead avait en effet une bio-banque unique de tumeurs de l’appareil urinaire. (ndlr : Urolead est une entreprise dédiée à l’uro-oncologie, et plus particulièrement au développement de modèles PDX, Patient-Derived Xenografts, pour les cancers du rein, de la vessie et de la prostate).

Urolead a été absorbée par Urosphere fin décembre 2019 et l’ensemble ainsi constitué est devenu une entreprise unique au monde : une plateforme de recherche préclinique adressant l’ensemble des pathologies de l’appareil urinaire, à la fois fonctionnelle, la douleur et l’inflammation et l’uro-oncologie.

Grâce à cette fusion et à cette diversification, aujourd’hui nous ne nous présentons plus comme une société spécialisée uniquement en urologie mais dans la recherche préclinique urogénitale selon 4 grands axes : l’urologie, la gynécologie, l’andrologie et l’oncologie.

Nous développons aussi un axe complémentaire en gastro-entérologie via les pathologies croisées des appareils urinaire et digestif comme, par exemple, les incontinences fécales, les pathologies inflammatoires du colon entraînant des dysfonctions vésicales et inversement.

Quel est le savoir-faire spécifique d’Urosphere ?

Nous réalisons des expérimentations in-vivo et in-vitro.

Concernant l’in-vivo, notre objectif est de créer des modèles qui soient pertinents de la situation humaine et nous avons des partenaires cliniciens qui nous aident à qualifier le meilleur modèle pour représenter une pathologie donnée.

Concernant l’in-vitro, nous avons des technologies nous permettant de travailler à la fois sur du tissu animal mais également sur du tissu humain grâce d’importants partenariats avec un réseau de cliniques et d’hôpitaux en France. En particulier, dans le cadre de nos activités oncologiques, nous utilisons la technique des Patient-Derived Xenografts (ndrl : PDX) qui consiste en l’implantation d’un fragment de tumeur humaine dans des souris. Lorsque la tumeur est suffisamment développée, elle est congelée. Nous avons ainsi créé une bio banque dans laquelle nous pouvons utiliser selon nos besoins pour nos études d’efficacité de nouveaux candidats médicaments.

Notre second outil in-vitro est les organoïdes, c’est-à-dire des « mini-organes » de l’appareil urinaire. Cet outil est développé grâce à un financement régional et d’une collaboration entre Urosphere, les hôpitaux de Toulouse et l’Institut de Recherche en Santé Digestive.

Image représentative d’une culture d’organoïdes de vessie cancéreuse humaine après 12 jours de culture, par ImmunoFluorescence (DAPI en cyan, noyau et Phalloïdine en vert, actine). Images prises à l’Opera Phenix (Perkin Elmer), Maximum Intensity Projection, Gx20 à immersion, N.A = 1

Comment se positionne l’entreprise Ixaltis dont vous êtes membre du comité scientifique et du Conseil d’administration par rapport à Urosphere ?

Ixaltis est a été créée sur la base des 3 molécules développées apportées par Urosphere afin d’en réaliser le développement clinique pour des indications uro-génitales.

Grâce au travail effectué par Sanofi, le profil pharmacologique de ces molécules était bien connu. L’idée était de les requalifier en utilisant la plateforme Urosphere, pour les pathologies qui nous intéressaient, en allant très rapidement en phase clinique grâce à l’ensemble des données à disposition.

Nous avons mis la priorité sur l’une de ces trois molécules, la Litoxetine (IXA-001) pour laquelle nous avions travaillé sur le développement préclinique et déposé un brevet qui a été obtenu au Japon, aux Etats-Unis, au Canada et en Europe.

Nous nous sommes vite rendu compte que les activités de développement de la molécule étaient peu compatibles avec les activités d’Urosphere en termes d’expertise et de ressources financières. Nous avons donc décidé de créer Ixaltis en 2012 auquel nous avons apporté l’ensemble des molécules, des données expérimentales ainsi que le brevet.

En 2019, Ixaltis a réalisé 2 études cliniques de phase 2 avec IXA-001, dans l’indication «incontinence urinaire mixte », une forme d’incontinence urinaire n’ayant à ce jour aucun traitement. Les résultats ont été positifs (lire le Communiqué de Presse). Aujourd’hui, la poursuite du développement d’IXA-001 et la phase III se fera au travers de partenariats.

Quels sont vos objectifs de développement d’Urosphere ?

Le principal objectif est le déploiement des 4 grands axes de notre activité dans le domaine de : l’urologie, la gynécologie, l’andrologie et l’oncologie. Ceci implique de travailler à la communication autour de ce repositionnement de notre plateforme de recherche de l’urologie vers l’urogénital. Nous réfléchissons depuis plusieurs mois aux valeurs que nous avons envie de défendre, quelles sont nos interlocuteurs, comment leur parler pour donner un nouvel élan à Urosphere.

Ce développement passe aussi par un redimensionnement de l’entreprise, par du recrutement et par un développement de notre activité commerciale. Nous étions dans un marché de niche en urologie mais l’ouverture à l’oncologie a élargi le marché à prospecter.

Ce développement est rendu possible grâce au partenariat étroit avec des cliniciens notamment de l’Hôpital Rangueil, en urologie depuis 2005 et aussi plus récemment en gynécologie et andrologie.

Le second objectif est la poursuite d’une forte activité de Recherche & Développement en interne ou par des programmes collaboratifs afin de préparer nos produits de demain. Nous avons la chance aujourd’hui de collaborer avec des centres académiques d’excellence tels que l’IRSD à Toulouse et l’Institut Curie. Dans le cadre de ces collaborations, nous proposons et réalisons des protocoles expérimentaux pour qualifier les nouveaux médicaments et découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques.

Nous développons aussi des outils comme les PDX et les organoïdes qui pourraient servir à la médecine personnalisée.

Vous définissez l’urologie comme un marché de niche, pouvez-vous nous l’expliquer ? Que va apporter le passage de la recherche en urologie à la recherche urogénitale et oncologique.

L’urologie n’est pas un domaine dans lequel la recherche est importante car historiquement les pathologies urologiques fonctionnelles étaient traitées de façon chirurgicale. D’autre part, le remboursement des médicaments pour ces indications est faible et limite par conséquence les efforts de recherche des industries pharmaceutiques.

En revanche les efforts sont importants pour l’uro-oncologie. La recherche en gynécologie est aussi activité qui se développe beaucoup, sous l’appellation anglaise de « Woman Heath ». Elle est souvent au centre des préoccupations des industries pharmaceutiques qui ont de l’intérêt pour la sphère urogénitale avec des thématiques telles que le cancer des ovaires, de l’utérus mais également l’endométriose. Pour cette dernière pathologie, nous cofinançons avec la région un projet collaboratif impliquant l’IRSD, les hôpitaux de Toulouse et l’Inserm pour mieux comprendre cette pathologie afin de pouvoir développer de nouvelles thérapies.

Avez-vous de la concurrence sur votre secteur d’activité ? Qu’est-ce qui vous distingue de ces concurrents ?

Nous avons des concurrents sur des parties de nos activités mais pas de concurrents réels couvrant l’ensemble de toutes les thématiques que nous adressons dans le domaine de l’urologie. Ce focus sur les pathologies urogénitales est quelque chose sur laquelle nous souhaitons vraiment nous appuyer. Avec Ixaltis, nous couvrons toute la chaine de valeurs, de la découverte de nouveaux médicaments toujours de la préclinique (Urosphere) à la clinique (Ixaltis).

Quelle est la typologie de vos clients ?

Notre clientèle est très variée, de la Big pharma à la petite Biotech et aux laboratoires académiques.

Nous avons travaillé avec la quasi-totalité du top 20 des entreprises pharma et nous avons des relations extrêmement récurrentes avec elles.

En termes de chiffre d’affaires, en 2019, 85% du chiffre est réparti par tiers en France, en Europe hors France et aux Etats-Unis. Les 15% restant étant Asie et au Moyen Orient.

Quelles est la plus belle réussite d’Urosphere ?

Je suis particulièrement fier de l’équipe qui nous a permis d’être là où nous sommes aujourd’hui.

Nous avons également une certaine fierté à avoir maintenu et créer de l’emploi malgré des périodes difficiles pendant lesquelles nous avons malgré tout maintenu le cap et même continué à investir.

Urosphere s’est développé à son rythme. Nous avons très vite pu facturer des prestations et avons grossi au rythme de notre chiffre d’affaires sans aucune levée de fonds, selon notre volonté.

Au niveau scientifique et technique, il est particulièrement satisfaisant de participer à un effort de recherche permettant le développement de médicaments pour des pathologies longtemps négligées.

Comment est constituée l’équipe opérationnelle d’Urosphere ?

Urosphere a un effectif de 17 collaborateurs. L’équipe scientifique est constituée de personnes ayant travaillé auparavant soit dans de sociétés de prestations de recherche soit dans des sociétés pharmaceutiques de taille importantes. 70% sont des PhD.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs ?

Je n’ai pas particulièrement de conseils à leur donner concernant la création d’entreprise, cela dépend du projet et des envies de chacun. Pour ma part, j’ai appris le métier d’entrepreneur petit à petit en étant contraint de me familiariser aux problématiques de gestion, de management, comment trouver un local, monter une équipe, la règlementation… Il est important de s’entourer, de définir sa stratégie et d’être capable d’en changer et de l’adapter au marché.

Claire Toutin

BIOMED Alliance

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Cet article est issu de propos récoltés lors d’un entretien, avec l’aimable autorisation de Monsieur Philippe Lluel, Président d’Urosphere.

https://www.urosphere.com/

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