L’interview focus adhérent : G.CLIPS

G.CLIPS est entreprise toulousaine qui développe, produit et commercialise des outils de protéines membranaires in-vitro pour tester des cibles de médicaments dans un environnement physiopathologique en amont du développement.  Rosie Dawaliby, Fondatrice et CEO de la société, nous en parle et nous livre ses impressions de jeune entrepreneuse et cheffe d’entreprise.

Quel est en quelques mots votre parcours professionnel ?

Après un Master de biologie cellulaire, moléculaire et du développement à Toulouse, j’ai effectué une thèse à l’Université de Lausanne, Suisse, dans l’équipe d’Andreas Mayer sur les protéines membranaires et notamment dans les mécanismes de mort cellulaire et de réponse immunitaire.

Puis j’ai eu cette envie de me rapprocher de la « santé des gens ». J’ai fait mes armes en pharmacologie lors de mon post-doc que j’ai eu l’opportunité de pouvoir réaliser entre deux laboratoires ; Celui du Professeur Kobilka à Stanford, USA qui travaillait sur les RCPGs (ndlr : récepteurs couplés aux la protéines G), la plus grande famille de cibles de médicaments et l’Université Libre de Bruxelles, spécialisé dans l’étude des effets des RCPGs en fonction de leur localisation dans un organe particulier.

Ce fut une expérience très enrichissante et pour couronner le tout, le Professeur Kobilka a reçu le prix Nobel de chimie pendant mon post-doc (ndlr : 2012) justement pour ces travaux sur les RCPG .

J’ai ensuite souhaité m’orienter vers la découverte de molécules thérapeutiques (ndlr : drug discovery) et j’ai rejoint la start-up belge CONFO Therapeutics, qui travaillait aussi sur les RCPGs comme cible principale de médicaments. Cette expérience m’a permis de toucher à beaucoup de domaines pathologiques : maladies métaboliques, cancers, infectiologie, inflammation…

Qu’est-ce qui vous a motivé pour créer votre entreprise ? Comment en êtes-vous arrivé là ?

Mes différentes expériences ont été très complémentaires et à chaque fois j’ai pu ajouter une pièce de puzzle pour arriver à G.CLIPS.

De retour à Toulouse je me suis demandé ce que je pouvais faire de toute cette expérience accumulée. L’idée de construire quelque chose pour moi était présente et après an j’ai rencontré les personnes de NUBBO qui ont été d’une grande aide. Ils m’ont donnée confiance en mon projet et m’ont invité à me lancer. J’ai été pré-incubée puis incubée par NUBBO en 2019.

Quel était ce projet ?

Le projet est un condensé de toutes mes expertises en « drug et antibody discovery » mais cette fois sur les protéines membranaires en général pas uniquement les RCPGs.

L’idée principale vient de l’observation que souvent lorsqu’on cherche des candidats thérapeutiques, on se retrouve in fine avec des molécules « lead » qui bien qu’ayant passé toutes les étapes de sélection in vitro ne sont finalement pas assez spécifiques ou assez affines en pré-clinique et clinique pour être efficaces. On peut ainsi passer à côté de candidats très intéressants ou au contraire arriver à des stades précliniques avancés et se rendre compte que ce n’était pas le bon candidat et tout est à refaire.

Je me suis dit que ce problème venait en grande partie de la non prise en considération dès le départ de l‘indication ou de la pathologie. En effet, la cible thérapeutique (ndlr : la protéine membranaire) est dans un milieu et sous une conformation bien spécifiques dans chaque organe ou tissu.

L’idée de G.CLIPS est de mettre, dès l’étape de criblage, la molécule thérapeutique candidate dans un environnement « pathology-like », c’est-à-dire dans une bicouche lipidique qui ressemble à l’organe ou au tissu d’intérêt dans la pathologie et dans une conformation qui correspond aussi afin d’aboutir directement à des candidats « lead-like » spécifiques d’une indication. C’est une avancée majeure car cela permet de faire de la recherche translationnelle dès les premières étapes de découverte des médicaments.

Nous avons donc mis au point une plate-forme technologique de criblage à haute valeur informative et intégrant les conditions physiopathologiques, « G.Screen », basée sur l’expertise en protéines membranaires et en lipodomique, notre banque de plus de 250 des mix stabilisants propriétaires « G.Mixes » et nos tests fonctionnels propriétaires « G.Select Assay »

Ces tests fonctionnels nous permettent de vérifier, in vitro et avant le criblage, que les conditions correspondent effectivement à la pathologie et de nous assurer que nous sommes dans des conditions maitrisées et différentes des approches disponibles à ce jour qui n’intègrent pas les conditions physiopathologiques.

Avez-vous des concurrents ? Qu’est-ce qui vous distingue d’eux ?

A ma connaissance nous sommes les seuls à proposer des protéines stabilisées qui prennent en compte à la fois la conformation dans la pathologie et l’environnement de la cible, c’est-à-dire les conditions physiopathologiques. Le rôle de l’environnement et de la bicouche lipidique membranaire dans la reconnaissance avec les candidats médicaments est vraiment très récent. J’ai été une des premières à travailler sur le sujet pendant mon post-doc.

G.CLIPS a une base de données propriétaire de la composition lipidique de différents types d’organes et de tissus. A ma connaissance aucun autre structure n’a ce savoir et ce savoir-faire là  qui allie ces 2 conditions très importantes pour aboutir à une molécule plus spécifique, ce qu’on appelle dans notre jargon une « indication-oriented drug ».

Notre but ultime est de sélectionner les molécules ayant le moins d’effets secondaires possible afin d’assurer au patient une qualité des produits thérapeutiques in fine meilleure que ceux actuellement disponibles.

Nos concurrents stabilisent les protéines dans une conformation soit en créant des mutants, ce qui ne permet pas de s’assurer de travailler réellement sur la cible native, soit grâce à un anticorps stabilisateur, ce qui est fastidieux et nécessite une version déjà stabilisée de la protéine pour être produit. Ce sont des biais que nous n’avons pas.

Comment le projet est-il devenu G.CLIPS ?

La technologie était là en pré incubation et nous avons beaucoup travaillé sur le modèle économique avec NUBBO, que je tiens à remercier chaleureusement !

G.CLIPS s’est créé presque parce que des clients commençaient à arriver.

Concernant les locaux, nous avons eu des discussions avec l’IPBS  (ndlr : Institut de Pharmacologie et Biologie Structurale, Toulouse) ce qui était comme une évidence compte-tenu de ses activités. Je dois dire que nous avons été très bien accueillis par la direction et les chercheurs. Nous avons actuellement une convention d’hébergement d’accueil et de mise à disposition de certains locaux et gros matériel. Nous avons également des accès privilégiés à certaines infrastructures et surtout nous sommes entourés d’expertises scientifiques et techniques extraordinaires qui viennent en renfort de notre technologie G.CLIPS.

Nous avons aussi notre propre laboratoire depuis février 2021.

Quel est votre modèle de développement ?

Notre modèle actuel est à la fois de proposer des prestations de services mais aussi de développer des projets en co-développement avec d’autres entreprises, ce que nous avons déjà commencé à faire avec une entreprise régionale et avec une entreprise Belge. Nous avons aussi des projets en partenariat avec les chercheurs et la plateforme de screening de l’IPBS. A plus long terme nous prévoyons d’avancer vers un modèle de licence sur des anticorps et/ou des molécules issues de notre plate-forme G.Screen.

Rapidement à la création de G.CLIPS, nous avons conclus des contrats avec des Biotechs en France. Nous commençons à générer du chiffre d’affaires et nous tenons bien nos prévisions.

Nos clients sont principalement des Biotechs de petite, moyenne ou grande envergure et des laboratoires pharmaceutiques notamment pour des indictions peu documentées comme les maladies orphelines. Nos clients nous permettent de développer la société mais aussi de développer la plateforme en dehors des projets de co-développement. Les excellents résultats que nous avons d’ores et déjà avec nos clients nous permettent de démontrer notre performance en externe dans les différents domaines que nous clamons et donc de valoriser notre travail.

Comment se passe le changement de casquette de chercheuse à entrepreneuse et chef d’entreprise ?

Je suis CEO (ndlr : Chief Executive Officer) et responsable scientifique de G.CLIPS donc j’ai toujours les deux casquettes mais je suis très organisée !

Je considère que l’entrepreneuriat ne s’improvise pas, même si on a une bonne idée et qu’on y croit. Il faut avoir un minimum de bagages et être entouré par les bonnes personnes pour que ça fonctionne ; C’est la clé, on ne peut pas faire tout, tout seul !

J’ai donc suivi une formation en création et management d’entreprises avec CREACT’UP et en parallèle j’ai été accompagnée par NUBBO pour le développement commercial et le marketing.

Et par la suite j’ai eu la chance de rencontrer Mehdi Chelbi, qui a rejoins G.CLIPS en tant que CBO (ndlr : Chief Business Officer) et associé. Mehdi a une expérience de plus 18 ans en Corporate et Business Development dans le secteur pharmaceutique qui s’étend des premières phases de « drug discovery » jusqu’aux études cliniques. Nous formons un duo gagnant avec beaucoup de complémentarité dans nos expertises.

J’ai aussi beaucoup discuté avec des entrepreneurs. Une des personnes qui m’a marqué et motivé à y aller est Maxime Fontanié (ndlr : Président de Vibiosphen et Enterosys, ex-Président et membre de BIOMED Alliance, Toulouse) avec qui j’ai discuté de mon projet. Son écoute et ses conseils ont été plus que bénéfiques pour moi et lorsque j’ai  une idée, un doute, je sais que je peux le contacter.

Quelles sont les principales difficultés ou obstacles auxquels vous avez dû faire face dans votre parcours de création d’entreprise ?

L’un des premiers obstacles a été la difficulté à identifier les interlocuteurs et les « guichets » pour trouver des réponses, ça m’a pris presque un an pour savoir ce que je devais faire, à quel moment et avec qui ? De plus les porteurs de projets sont peu accueillis, les portes s’ouvrent lorsque les projets sont mâtures. Mais à partir du moment où je suis arrivée à NUBBO, tout s’est ouvert car ils connaissent les bons interlocuteurs.

Aux Etats-Unis et en Belgique, il n’y a pas cet obstacle, on sait à qui s’adresser, il y a un point d’entrée et surtout il y a cette culture et cette envie d’encourager et de soutenir l’émergence des start-ups, notamment issues du milieu académique.

Néanmoins c’est un esprit qui se développe en France, notamment à Toulouse.

Vous êtes hébergée à l’IPBS, quel regard avez-vous sur la relation entre la recherche académique et privée ?

C’est quelque chose que je défends et la direction actuelle de l’IPBS va dans le sens du lien entre les entreprises et la recherche publique. Cela fait partie des choses qu’elle aimerait promouvoir. J’ai été dans les deux positions et je suis persuadée que l’un ne peut pas vivre sans l’autre et qu’on ne peut avancer qu’ensemble.

J’essaie de m’impliquer dans le renforcement de ce lien, notamment en allant échanger avec les étudiants en Master. Je leur parle des débouchés, de comment on peut faire de la recherche en entreprise et comment les deux peuvent se compléter. C’est très important car ils ne savent pas forcément qu’on peut générer beaucoup de valeur aussi dans la recherche en entreprise, tout autant qu’en recherche académique. Les académiques font des recherches qu’on ne croit pas « appliquées » mais qui in fine s’avèrent applicables. S’il n’y a pas cette discussion entre l’entreprise et ses besoins et les académiques, ces derniers ne vont pas savoir qu’il peut y avoir des applications et des bénéfices à collaborer et joindre les forces des uns et des autres.

Quels est votre prochain challenge ? Avez-vous une actualité particulière ?

Nous lançons une offre totalement intégrée sur G.Screen incluant expertise et technologie propriétaire basée sur nos G.Mix et G.Select Assay. Nous sommes en discussion avancées avec des laboratoires pharmaceutiques et des sociétés de Biotechnologie pour des accords d’exclusivité en prestation de service sur un portefeuille de molécules ciblant une famille de protéine membranaire produites et exprimées à partir de notre plate-forme technologique.

Nous sommes également en lancement de nos projets de co-développement sur quelques cibles sélectionnées pour la découverte d’anticorps et de molécules « leads-like » dans l’oncologie et l’immunologie. Et nous visons actuellement à développer un modèle de licence sur l’utilisation de notre technologie et de notre plate-forme.

Enfin, nous avions de très bonnes perspectives de croissance en France et à l’international à partir de notre offre de service ce qui nous permettra de financer nos futurs développements à la fois commerciaux et technologiques sans exclure une levée de fonds à moyen long terme.

Claire Toutin

BIOMED Alliance

L’équipe de BMA souhaite remercier vivement Rosie Dawaliby pour sa disponibilité et le partage de ses expériences lors de la préparation de cet article.

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Cet article est issu de propos libre récoltés lors d’un entretien, avec l’aimable autorisation de Madame Rosie Dawaliby, fondatrice et CEO de G.CLIPS.

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G.CLIPS est basé à Toulouse (31) et emploie 3 personnes.

http://gclips-biotech.com/

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